Par Mike Albo
Je suis dans le penthouse des studios Milk, à New York, dans l’ancien quartier des abattoirs, le Meatpacking District. Je regarde Mark Abrahams photographier Daria Werbowy pour le Pure. Tandis que j’attends, l’agente de Daria s’approche, parlant fort au cellulaire : « Elle veut rester à New York autant que possible, parce qu’elle va faire de la voile en juin, juillet et août », explique-t-elle à son interlocuteur. Je connaissais ce détail sur Daria : c’est une passionnée de navigation. Elle se tient loin des projecteurs. Elle est extrêmement discrète à propos de sa vie. Mais je me suis préparé avant de venir : un bon ami à moi est un excellent navigateur et m’a suggéré quelques questions à lui poser. 
Je me faufile derrière l’équipe de stylistes pour jeter un coup d’œil. Daria est vêtue d’un maillot blanc Chanel. Ses longs cheveux forment autour de son visage un halo aux reflets de miel. Elle lève les bras au-dessus de sa tête. «Expression!» lance Abrahams, et soudain l’attitude de la mannequin passe d’altière à chaleureuse – de subtiles modifications de ses traits qui expliquent pourquoi on la paye si bien.
Quand on vit à New York, on voit des mannequins partout. Arpentant les trottoirs avec leurs longues jambes, elles sont faciles à remarquer. Elles sont si nombreuses qu’on finit par se demander : Pourquoi certaines deviennent-elles des stars? Est-ce la chance ? Est-ce un détail morphologique, comme la forme de la mâchoire ou le rapport entre les yeux et le nez ? Est-ce un éclat intérieur ?
Alors que tant de mannequins restent dans l’ombre, Daria est une des rares privilégiées à avoir atteint le sommet de l’industrie de la mode. Elle a figuré sur la couverture des publications les plus renommées, notamment les magazines W, V et Vogue, et a représenté d’innombrables griffes, dont Prada, Gucci, Louis Vuitton et Lancôme (notre article coïncide d’ailleurs avec le lancement de la nouvelle fragrance de la célèbre maison, Ô de l’Orangerie). Elle s’est classée au sixième rang de la liste des mannequins les mieux payées publiée par le magazine Forbes, avec un revenu estimé à 4,5 millions de dollars en 2010-2011. Si on était en 1995, on la qualifierait de top-modèle. Comment pourrait-on l’appeler aujourd’hui? Un magnat du mannequinat ?
